Démarrer ou arrêter la musique

 

 

En direct de l'Inde avec Samuel Védrines


J'arrive a Dibrugarh au fin fond de l'Assam le long du majestueux fleuve Brahmapoutre  après 55 heures de train. 55 heures de train en Inde, c'est long, surtout quand il est bondé comme c'était le cas au départ de Vârânasî. J'avais décidé de rester un jour de plus, bien m'en a pris, le train de la veille a déraillé après que des rebelles aient fait sauter la voie. Voila comment un trajet de 42 heures en prend 55.
J'arrivais la comme quelqu'un qui a pas encore tout compris a ce pays. Le propriétaire de la ferme, Binod habite en ville ou il a un hôtel dans lequel il m'a réservé une chambre. Oh bonheur !
Le lendemain je rencontre le manager du domaine Indhejit et on se rend sur place a 2 heures de route. Lui non plus habite pas la. Par contre les 250 employés habitent tous sur place, du coup le domaine est un petit village. Toutes les spécialités ou presque sont représentés, les mécanos, charpentiers, électriciens, maçons, comptables, cueilleurs, manufacturiers, etc.  Et donc pour le wwoofing en famille, faudra repasser. Je reste avec mon armée de métayers pendant que le proprio fait tourner ses business  Et pourtant avec 120 hectares c'est une toute petite plantation mais la seule biologique. Binod Saharia qui est également propriétaire d'une ferme bio au Rajasthan c'est mis en tète de montrer au monde que faire du thé bio en Assam, c'est possible ! Et l'Assam produit un des meilleurs thés du monde. Sa particularité est de pousser a l'ombre de grands acacias, la vallée de l'Assam est ainsi sculptée entre rizières et champs de thé.
J'avais eu le temps de remarquer ces champs d'arbustes que l'on croirait taillés au taille haie depuis le train.
Gossainbarie tea estate est une vielle plantation datant de la fin du XIXème . Certains arbres ont plus de 140 ans et personne ne sait vraiment qui les a plantés.
En fait d'arbuste il s'agit d'arbres auquel on prélève les jeunes pousses sur le dessus. Du coup ils ne dépassent jamais le mètre de haut, la taille parfaite pour la cueillette. Des bonzaïs en somme. C'est ce que je fais les premiers jours, avec l'armée de 85 femmes bien heureuses avec leurs 60 roupies par jour. La cueillette c'est plutôt agréable une fois qu'on a résolu le problème des sangsues et pris l'habitude des aléas climatiques. On ne prend donc que les jeunes pousses vert clair et j'avais avec moi la responsable pour m'empêcher de cueillir trop bas et recouper les moindres tiges que je laissais dépasser.
Mais ça devient vraiment plus intéressant dans l'atelier. Le même arbre produit toute les sortes de thés, par exemple ce ne sera pas le même selon qu'on roule ou qu'on taille les feuilles avant de les broyer. De même le thé vert et le thé noir sont faits avec le même arbre.
Seul le procédé change. Et votre serviteur est devenu un peu spécialiste du thé.
En ce moment on fabrique plusieurs variétés de thé noir. D'abord le séchage des feuilles pendant quelques heures sur des grands tapis ventilés, puis roulage ou découpage des feuilles, puis broyage. Ensuite on étale tout ça a même le sol dans le hangar, on ratisse, on égalise, et le moment venu on passe cette poudre devenue marron a l'étuve a 100°. Une sorte de tapis roulant sur 10 étages. Au bout d'une demi-heure dans ce four qui consomme une énorme quantité de charbon, on a du thé tout frais fini ! Pendant les services de nuit on se fait souvent des pauses pour boire le thé qu'on vient de produire. Apres il reste une longue étape de triage.
Pour ne pas utiliser de produits chimiques une autre armée de petits bonhommes  enfume les champs matin et soir selon des principes ayurvédiques millénaires. C'est un spectacle a chaque aurore et chaque crépuscule que de voir les gars se balader dans les champs avec leurs encenseurs diffusant cette fumée envoutante et stagnante au premières (ou aux dernières) lueurs du jour.
Moi je suis aux premières loges dans un bungalow au milieu des arbres. J'ai même l'eau courante et (parfois) l'électricité, ce qui est du luxe, ici on s'éclaire plutôt a la bougie. Je vais prendre mes repas et squatter de temps en temps dans la maison des travailleurs saisonniers a coté de l'atelier. Eux ils sont entassés à 5 par chambres, du coup y'a un peu plus d'ambiance.
Pour les repas par contre chacun mange dans son coin. Le régime d'ici, thé, riz et patates tout les jours, et on mange avec les doigts bien sur, du coup je commence à rêver de bouffe la nuit. 
C'est passablement compliqué parce que a part inderjit personne ne parle vraiment Anglais et encore ils ne parlent pas tous Indi , et j'avoue que je n'ai pas fait des progrès fulgurants en Indi.
Et voila, c'est plutôt cool en somme, je fais un peut ce qui me plait et c'est même parfois presque compliqué de trouver du boulot. Ils sont tellement content d'avoir de la visite que tout le monde est au petit soin avec moi, ce qui malheureusement ne me donne pas droit a un régime spécial sans riz, mais quand même, y'en a un qui vient m'apporter du thé tout les matins, j'ai un veilleur de nuit qui fait de la boucane dans un encensoir et viens me tourner autour pour éloigner les moustiques et je suis souvent invité a droite a gauche pour un match de foot ou de criquet par exemple. J'ai aussi mon petit tabouret de réservé dans une des petites boutiques en bambous du village. C'est un peu l'attraction tous les soirs quand je vais là, le tenancier a toujours plein de questions curieuses et fait la traduction pour tout le monde et c'est toujours très drôle.
Bon assez parlé de thé je m'en vais voir la semaine prochaine du coté de Darjeeling... 

La bise a tous
Sam 


Copyright (C) 2010 Jean-ClaudeVédrines. Dernière mise à jour mercredi 4 août 2010"
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